Symposium scientifique “Patrimoine et Démocratie”

Thème et sous-thèmes

Patrimoine et Démocratie est le thème du Symposium scientifique organisé dans le cadre de la 19e Assemblée générale de l’ICOMOS qui se tiendra à Delhi, en Inde, du 11 au 15 décembre 2017. En organisant cette rencontre en Inde, la plus grande démocratie du monde, l’idée centrale du Symposium s’inscrit dans l’orientation récente et marquée du discours patrimonial global en faveur d’une démarche véritablement basée sur les populations.

Comment accorder la multiplicité des regards sur le discours dominant en matière de patrimoine, des regards qui tantôt remettent en cause ce discours, le rejettent, le renégocient ou l’ignorent ? Comment identifier, reconnaître au sein de la diversité de nos sociétés les propriétaires, les parties prenantes et les gardiens de ce patrimoine ? Comment collaborer ? A partir de là, comment aborder les défis qui se présentent à nous afin de sauvegarder notre passé de manière collective ?

Le Symposium scientifique 2017 de l’ICOMOS explore les possibilités offertes au patrimoine culturel dans un monde d’acteurs multiples, en reconnaissant les défis posés par la diversité culturelle, et les éventuelles contestations induites au sein des communautés locales ou globales.

Nous recherchons des contributions qui répondent au besoin d’identifier des moyens durables pour aller vers plus d’équité, assurer l’accès tant physique qu’intellectuel aux sites et monuments patrimoniaux, reconnaître et capitaliser sur les associations immatérielles avec ces lieux, les mettre en capacité de protéger et d’interpréter le futur de notre passé en temps de guerre et comme en temps de paix, le tout dans un contexte où les technologies numériques sont de plus en plus présentes.

Le Symposium offrira des opportunités de collaboration puisque nous prolongerons le parcours Culture-Nature pour examiner les enseignements à retenir des « études culturelles du comportement humain », afin de passer d’une position de lutte contre les risques à une politique d’atténuation et d’adaptation efficace pour nos sociétés.

Nupur Prothi Khanna
Sheridan Burke
Co-présidents du Symposium

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L’Objectif de développement durable N°11 des Nations unies pour des villes inclusives, sûres, résilientes et durables reconnaît le besoin de préserver le patrimoine urbain naturel et culturel, ainsi que celui de fournir un environnement sûr et accessible à tous les citoyens. Le principe d’équité, sous-jacent au concept de développement urbain durable, induit également la reconnaissance de droits culturels – le droit au « sentiment d’appartenance » pour tous les citoyens et le droit à participer à l’économie culturelle de leur lieu de vie.

La Recommandation de l’UNESCO sur le Paysage urbain historique, en réponse au paradigme du développement durable, identifie les relations culturelles, physiologiques et écologiques de la ville comme partie intégrante de son patrimoine « matériel » et « immatériel ». En abordant les questions de diversité et d‘équité, le document souligne que, pour tout processus – changement ou continuité – les perceptions des habitants et des autres acteurs sont aussi importantes que celles des « auteurs » du changement.

Cependant, dans un contexte néo-libéral, est-ce que ces aspirations à plus d’échanges culturels telles que préconisées dans les doctrines patrimoniales se traduisent concrètement sur le terrain ? Peut-on imaginer dans un futur proche un monde égalitaire et équitable tel que l’imaginent les Objectifs de développement durable ? Une bonne illustration de ce nouvel état de fait est le grand nombre d’interventions contemporaines ayant lieu des enceintes historiques et entreprises dans le cadre de programmes de développement durable et de conservation du patrimoine urbain.

Nombre de ces interventions apparaissent comme des images utopiques, hors-sol, importées, qui nous promettent un futur fait d’uniformité, de propreté, d’ordre et de durabilité. Dans la façon dont elles sont conceptualisées, conçues et exécutées, ces interventions voient les citoyens soit comme des consommateurs, soit comme des « locaux », compris comme un groupe homogène dont la qualité de vie requière d’être améliorée grâce à la modernisation. Ces processus n’abordent quasiment jamais la question des droits culturels inhérents à un peuple démocratique, qui peut être constitué de petits groupes hétérogènes, et ne reconnaissent pas non plus les dynamiques sociales propres à ces groupes, ni les relations diverses et plurielles qu’ils peuvent entretenir avec le lieu.

Au cours de la dernière décennie, de nombreuses villes historiques ont appliqué ce discours avec les politiques formelles de rigueur et en mettant en valeur certains projets. Des chercheurs ont théorisé ces processus, les opportunités et limites qu’ils portent. Des organisations ont travaillé via des initiatives réellement ascendantes sur les questions d’égalité de genre, de droit à des moyens d’existence et à l’économie culturelle. Est-ce que ces efforts formels et informels peuvent converger ? Peuvent-ils enrichir les processus qui encouragent le rapprochement entre communautés pour relier conservation du patrimoine et développement durable ?

Au sein de ce sous-thème, les résumés devront porter une approche critique sur des politiques, mesures, projets, initiatives communautaires, modèles théoriques, etc., et présenter une analyse de ceux-ci dans un contexte où les objectifs de conservation sont transnationaux. Des exemples et des cas d’étude proposant des alternatives au statut quo sont également bienvenus.

Titre court : Communauté, durabilité et patrimoine

Mots clés : communauté, partie prenante, durabilité, développement, équité, participation


[i] Tel que défini dans le Projet de plan à moyen terme 1990-1995 (UNESCO, 25 C/4, 1989, p.57)
[ii] Objectifs de développement durable des Nations unies – Programme 2030 – Objectif 11.
[iii] ICCROM Working Group ‘Heritage and Society’, Definition of Cultural Heritage; References to Documents In History. Selected by J. Jokilehto (Originally for ICCROM, 1990/ Revised for CIF: 15 January 2005, p. 14). Translated text.

Dans le contexte VUCA actuel (volatile, incertain, complexe et ambigu), les conflits et catastrophes portent atteinte de façon inédite au patrimoine culturel au sein et au-delà des frontières nationales. Certains événements causent des destructions totales, des lieux spécifiques sont ciblés pour en effacer l’identité, tandis que dans de nombreux cas, de nouvelles significations et associations émergent de l’annihilation, menant parfois à formes de vénération des vestiges.

Dans la pluralité des rôles que joue le patrimoine en matière d’urbanisation et de planification, les processus de production patrimoniale peuvent être directement ou indirectement responsables de l’émergence de conflits. Cela peut contribuer à déclencher ou accroitre des formes de contestations – apparentes ou plus subtiles – au sein de la ville, qui se traduisent par des processus de gentrification, d’expulsion ou de déplacement de populations. Tenant compte ces contradictions, les réflexions de ce sous-thème vont se concentrer sur les possibilités multiples que les notions de paix, de réconciliation et d’idéaux démocratiques offrent au patrimoine culturel.

Au-delà de cela, les problèmes d’urbanisation incontrôlée et de vulnérabilité accrue aux catastrophes naturelles et d’origine humaine mettent le patrimoine en danger et font surgir des questions liées à des conflits identitaires. Dans des cas de scénarios post-catastrophes, les processus patrimoniaux peuvent encourager la sélection et l’exclusion, se transformant en moyen d’exacerber les différences et les discriminations. Dans ce contexte, il devient important d’étudier la résilience de notre habitat urbain et la solidité de nos pratiques de sauvegarde patrimoniale. La conservation du patrimoine peut être un moyen essentiel pour les communautés de participer collectivement aux processus de commémoration et de réconciliation.

Depuis 2011, les organes consultatifs de la Convention du patrimoine mondial ont mis en place des actions pour mieux comprendre la place des droits humains dans les activités relatives au patrimoine mondial. Le projet « Patrimoine mondial et approche basée sur les droits de l’homme » mené par l’ICOMOS, l’UICN et l’ICCROM promeut des bonnes pratiques en termes de droits humains et a permis de développer des outils pour une plus forte considération de ces droits dans le cadre du travail des organisations consultatives.

Cette dynamique doit être poursuivie et le débat doit pouvoir aborder toute la complexité d’un cadre sociétal mêlant les notions de classe, de caste, de genre et d’accessibilité et contribuant parfois à subordonner la figure de l‘expert à une vision politique et socialement acceptée. Dans ce contexte, il est d’une importance capitale de discuter du rôle délicat de la médiation telle que menée par des agences multilatérales oeuvrant au renforcement de la paix comme l’UNESCO et l’ICOMOS.

Le sous-thème 2 cherche des contributions en réponse à certaines des préoccupations suivantes :

  • Comment les processus patrimoniaux contribuent-ils ou font-ils obstacle au renforcement de la paix ?
  • Comment le patrimoine se transforme-t-il pendant et après les conflits ou catastrophes ?
  • Comment peut-on faire progresser et mieux intégrer les approches basées sur les droits à la question de la conservation du patrimoine ?
  • Quelle est la pertinence des experts et des agences de renforcement de la paix dans la délicate gestion du patrimoine culturel en période de conflit ?
  • Comment les idéaux démocratiques sont-ils atteints grâce au rôle réconciliateur de la patrimonialisation ? Comment ces idéaux peuvent-ils être amoindris par ce même rôle ?

Titre court : Patrimoine, vecteur de paix
Mots clés : paix, réconciliation, approche basée sur les droits, conflit, catastrophe, identité

Les ressources modernes du numérique offrent à la protection du patrimoine culturel des possibilités et des approches    nouvelles tant dans les processus de conservation et de restauration que dans la diffusion de l’information visant à impliquer  le public et les diverses parties prenantes.

Le développement du numérique touche déjà de nombreux processus de conservation, apportant des avancées technologiques dans la documentation, les traitements, les tests scientifiques, le contrôle, l’interprétation et l’archivage. A titre d’exemple, ces avancées comprennent le scannage en 3 D, le radar pénétrant (GPR), la télédétection par satellite (telle l’Agence Indienne ISRO). Outre ces études techniques, les ressources numériques permettent également de développer des méthodes de tests scientifiques permettant l’identification des matériaux  historiques et de leur composition, la vérification de la compatibilité de matériaux plus récents avec les exigences de la conservation, ainsi que le recours à un vaste éventail d’actions d’interprétation.

L’un des aspects cruciaux de la conservation du patrimoine culturel réside dans la diffusion de l’information et du savoir afin de susciter l’intérêt et la compréhension du public,  tant au niveau local qu’international. Au fur et à mesure que les systèmes numériques deviennent plus familiers au plus grand nombre,  il est essentiel d’en appréhender tout le potentiel, afin de favoriser la compréhension et l’adhésion des différentes couches de population qui contribuent à la préservation du patrimoine culturel. Comment la technologie du numérique peut-elle rendre plus démocratique la prise de décision, l’interprétation et la conservation? Comment peut-elle être utilisée pour améliorer l’accessibilité des personnes handicapées au patrimoine culturel?

Nous vous invitons à proposer des communications portant sur tous les aspects des deux champs principaux du sous-thème 3. Une priorité sera accordée aux documents traitant de principes généraux, avec un vaste champ d’application,  mais néanmoins fondés sur des arguments tirés de sites réels ou d’exemples spécifiques.

Titre abrégé : Patrimoine culturel et Développement numérique
Mots clés : ressources numériques, conservation, interprétation, diffusion, accessibilité

Le sous-thème 4 est coordonné conjointement par l’UICN, l’Union internationale pour la conservation de la nature et l’ICOMOS, et développé avec toute une gamme de partenaires. Pour faire suite au succès du parcours Nature-Culture du Congrès mondial de l’UICN à Hawaï en 2016, il incombe désormais à l’ICOMOS de poursuivre ce « Parcours » lors de notre Assemblée générale à Delhi en 2017, par une inversion du titre en Culture-Nature.

Culture-Nature est une approche du patrimoine qui issue de la compréhension de ce que les relations entre les hommes et environnement naturel ont œuvré à façonner tant notre environnement physique que nos systèmes de croyance. Cette approche permet d’appréhender la complexité de notre patrimoine, qui comprend les ressources biologiques, les gènes, les paysages, la diversité géologique, les lieux et les pratiques culturels et les systèmes de savoirs traditionnels. Elle tient compte à la fois de ce que les humains façonnent leur environnement, alors que la nature agit sur eux de multiples façons pour produire les divers paysages du monde.

Durant des millénaires, les hommes ont interagi avec leur environnement naturel, tantôt en tant que participants au fonctionnement des écosystèmes, ou protecteurs de sites naturels sacrés, tantôt pour façonner les paysages, y compris à travers l’agriculture et la pêche. Ils ont développé des connaissances traditionnelles et scientifiques, des systèmes de croyances, de gestion, et des pratiques. Le Parcours Culture-Nature s’appuiera sur l’évidence croissante de ce que patrimoine naturel et culturel sont étroitement liés dans la plupart des paysages terrestres ou marins et que la conservation efficace et durable de ces lieux dépend d’une meilleure intégration des philosophies et des procédures concernant leur gestion.

Nous proposons à nouveau, comme à Hawaï, que les participants abordent le caractère indissociable du patrimoine culturel et naturel, à travers divers formats  de session, allant d’articles scientifiques à des cafés culturels, d’ateliers, de kiosques ou de posters. Nous estimons qu’il s’agit d’une question vitale, d’une importance croissante dans notre travail de préservation, tant à l’échelle mondiale que locale. Le Parcours Culture-Nature comportera divers éléments, mais son succès repose sur les membres et les partenaires de l’ICOMOS et de l’UICN qui auront formulé des propositions dans les temps, afin qu’elles puissent être prises en compte dans le programme global du Symposium de l’Assemblée générale de l’ICOMOS.

Nous souhaitons que des membres de l’ICOMOS et de l’UICN s’unissent pour faire des propositions de sessions s’inscrivant dans les sous-thèmes du Parcours et pour constituer au moins un noyau de présentateurs conjoints  (d’autres présentateurs pouvant être recommandés par les Coprésidents du Symposium Scientifique, à partir des réponses fournies par l’Appel général à communications).

Si vous avez des questions ou souhaitez discuter de votre proposition, veuillez contacter les coprésidents Susan-McIntyre-Tamwoy (ICOMOS), Tim Badman (IUCN), Sonali Ghosh (WII Inde) à [email protected]. Nous avons préparé une liste d’idées pour aider quiconque envisagerait de soumettre une proposition de session, qui est disponible sur demande à la même adresse de courriel.

Titre abrégé: Parcours Culture-Nature

Mots clés: nature-culture, indigène, traditionnel, biodiversité, risque, catastrophe, changement climatique

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